dimanche 1 novembre 2009

Le jour où le marché financier dira : "je ne veux plus financer les déficits étatiques"

« Le jour où le marché financier dira "je ne veux plus financer les déficits étatiques", la sécurité sociale aura vécu. Cinq minutes avant que l'URSS fût abandonnée, elle fonctionnait encore comme en 1917. » (Georges Lane en 2007)

Je viens de trouver ça sur le blog Quitter la sécu. Je me suis tordu de rire. Quel naïf ce Georges Lane ! Le jour où ça se cassera la gueule, ça sera la faute des marchés financiers. Cupides, avides de toujours plus de monnaie, de profit, les marchés financiers sabordent l'État, en le finançant.
Au cas où vous n'auriez pas encore saisi, la dette a eu la peau de l'Etat providence. La « crise de l'État » avec laquelle on nous bassine à longueur de journée est d'abord, et avant tout, une crise de financement. Les gens ne s'en rendent pas compte. Le mot d'ordre de toutes les administrations publiques est de faire des économies. Et comme les hommes politiques se sentent obligés de dépenser toujours plus de fric pour payer aux français des petits joujous (plan de relance, RSA, chasse à l'étranger) il doivent couper ailleurs dans les dépenses (justice, police) pour faire semblant que c'est pas la banqueroute.
Les gens s'en foutent. L'État a toujours été là, il le sera toujours.


Petites questions pour rigoler :
1/ Qu'est-ce qui a motivé la réunion des états généraux en 1789 ?
2/ La révolution qu'ils ont entrainée a-t-elle affaibli ou renforcé l'Etat français ?

Je vous fais pas un dessin, vous avez compris.

jeudi 22 octobre 2009

Arbeit macht frei (2)

« Les Français ont globalement perdu le goût du travail et l'idée que ce dernier permet non seulement de gagner sa vie mais aussi de se construire, de s'épanouir puisque c'est aux loisirs désormais qu'ils demandent ce rôle. Tandis que les classes dites laborieuses aspirent de plus en plus au temps libre, les classes dirigeantes se tuent à la tâche et brandissent le surmenage comme signe de supériorité sociale. En ce début de XXIème siècle, les masses françaises adoptent peu à peu le mépris aristocratique du travail alors que ses élites embrassent avec délectation l'esclavage laborieux jadis réservé à la plèbe. Avec ce risque évident : en se réappropriant le travail, les nouveaux maîtres se réapproprieront aussi les destinées de la nation et finiront par entretenir les autres réduits à l'état de serfs divertis. Ce sera alors la fin du pacte démocratique puisque la liberté de la majorité des citoyens, privés de leur statut de producteurs et réduits à l'état de consommateurs de distractions, se ramènera à un simple formalisme ».
Pascal Bruckner


(rebond sur un billet d'Aster)

lundi 19 octobre 2009

« On savait bien que votre Coran fourmille de trucs ignobles sur les femmes ! »

« Le niqab donne du pouvoir principalement à deux groupes : ceux qui le prônent et ceux qui veulent éradiquer l'islam.
Ceux qui le prônent jubilent, puisque le débat public est en train de valider leur justification comme musulmane... Au lieu de désamorcer leur autorité, en les traitant comme de simples groupuscules sectaires qui instrumentalisent la religion auprès de jeunes ne la connaissant pas, les voilà promus comme « musulmans », et même plus, comme « musulmans fondamentalistes », comme si les fondements de l'islam consistaient à enfermer les femmes dans un drap noir !
Ceux qui veulent éradiquer l'islam jubilent, puisque la preuve est ainsi faite : cette religion est définitivement archaïque. Il existe bien un monde bipolaire avec, d'un côté, l'Occident qui a inventé la modernité et, de l'autre côté, le monde arabo-musulman qui serait par essence incapable de produire la moindre lumière... De manière générale, le niqab vient renforcer toutes les représentations négatives sur l'islam. Et les musulmans dans leur entité sont pris la main dans le sac : on savait bien que votre Coran fourmille de trucs ignobles sur les femmes ! »
Dounia Bouzar

samedi 17 octobre 2009

Les mauvais arguments de Sabine Herold


Je viens de découvrir la vidéo de l'intervention de Sabine Herold, présidente d'Alternative Libérale, lors de l'émission Mots Croisés du 7 octobre. Elle avait face à elle un troupeau de bœufs ramollis, mais unis par la force de la démagogie et de la pétition de principe. Malheureusement, face aux ténèbres de la bêtise qui lui faisaient face, elle n'a pas su briller comme elle aurait pu le faire. Elle a donné, pour défendre la privatisation de la poste, quelques mauvais arguments.

D'abord, elle a commis des erreurs lorsqu'elle a tenté de définir le service public. Un service public, ce n'est pas un machin super-chouette que pas mal de gens estiment super-utile. Le service public est une mission définie comme telle par les autorités élues, et assumée par la puissance publique, ou sous son contrôle. Google n'est pas un service public, mais une entreprise privée. Free n'est pas un service public, mais une entreprise privée. Ces deux exemples sont inopportuns : il ont entretenu une confusion en assimilant le service public à des entreprises réalisant des profits gigantesques. Mauvais pour l'image du libéralisme. Il y a une conception du service public qui mérite d'être défendue ; pas celle-là.


Ensuite, elle s'est contredite. Elle parle d'une réduction de 10% de la quantité de courrier par an, de l'intérêt écologique d'utiliser les mails plutôt que le papier, et nous explique ensuite qu'il faut développer la Poste, qu'il faut y investir des milliards. Non ! Il faut dire la vérité aux français. Le facteur qui vient poser le courrier 24/7 dans les coins les plus reculés, bravant les tempêtes et les animaux sauvages, c'est fini. En voie de disparition. La Poste est un « patrimoine français » ? D'accord. Les manufactures royales l'étaient aussi. Ainsi que la Seita. On s'est rendu compte un jour qu'il y avait mieux que le charbon : il en est de même aujourd'hui pour le service postal. Celui-ci se réduira plus vite qu'on ne le croit à une activité insignifiante. Pour peu que l'on laisse l'innovation en liberté.

La critique est aisée, l'art est difficile. Je suis dur avec la jolie Sabine Herold, mais je dois bien avouer que c'est un plaisir de la voir planer au dessus de la mêlée en termes d'intelligence, de spontanéité et surtout, d'honnêteté intellectuelle. Elle a toutefois un gros défaut, selon moi, qui est son manque de virilité. Rien à voir avec une paire de burnes : je parle d'aller au contact, de leur rentrer dans le lard, de frapper là où ça fait mal. Eux n'hésitent pas à le faire. Arrête de subir Sabine, de les regarder d'en-bas, avec tes grands yeux, tes bonnes intentions, tes airs de happy few en pleine crise d'adolescence. Le libéralisme n'est pas un courant de saltimbanques. La démocratie, c'est de la boxe. Il faut se montrer violent pour crever les abcès de notre scène politique pourrie.

Bon, gardons notre calme. Je me suis emporté. Donc, insister sur les finances catastrophiques de l'État, dont ses interlocuteurs sont responsables, c'est une bonne chose. Parler des énormes richesses produites par la libéralisation des télécoms, qui découle du même principe que pour la Poste, c'est bien. Mais il fallait peut être aller plus loin. Dire aux français que quand les caisses sont vides, il faut faire des choix. Qu'on ne peut pas avoir le beurre, l'argent du beurre et se taper Carla Bruni par-dessus le marché.

C'est nous qui décidons, c'est notre argent, et on n'en a pas beaucoup. Alors réfléchissons bien : que voulons nous acheter ?
Des bureaux de poste ou des hôpitaux ?
Des camionnettes jaunes ou des collèges ?
Des facteurs ou des juges ?
Voulons nous investir dans le passé où dans l'avenir ?

Si j'étais Sabine Herold, si j'avais l'occasion de défendre la privatisation de la poste à la télévision, j'aurais proposé aux français, qui sont attachés aux service publics, de choisir les bons. Avec les 2,7 milliards d'euros qu'on veut investir dans la Poste, on peut aussi rénover le système hospitalier, ouvrir de nouvelles classes, faire fonctionner correctement la justice, la police. Et commencer à rembourser la dette, dont les intérêts nous ont coûté cette année 42,9 milliards d'euros.

Qu'aurait bien pu lui répondre la horde des politicards gélatineux qui lui faisait face ?

vendredi 16 octobre 2009

La démocratie, système imparfait

La démocratie est toujours imparfaite. C'est d'ailleurs l'acceptation assumée de son imperfection  – et le refus corrélatif et sage de toute forme d'absolu – qui la rend si attachante et respectable. Elle fait au mieux, et abandonne aux esprits plus fiévreux le mirage, ou l'effrayante réalité, de systèmes totalement cohérents, sans compromis.
(Guy Carcassonne)

jeudi 15 octobre 2009

La sagesse des Topinambous


Philippe Nemo rapporte dans son essai « Qu'est-ce que l'Occident » une anecdote intéressante pour illustrer la notion de progrès. Il s'agit d'une discussion entre Jean de Léry, un calviniste français, et un indien Topinambou, à l'occasion d'une expédition dans la seconde moitié du 16ème siècle :
Un vieillard topinambou lui demanda pourquoi les Français venaient chez eux charger, avec de lourds vaisseaux, du bois de Brésil. N'y avait-il pas assez de bois en Europe ? Léry dut expliquer que les capitaines de ces expéditions, une fois revenus en France, vendaient leur cargaison de vois tinctorial à des marchands et devenaient alors immensément riches. L'Indien, lequel n'était « nullement lourdaud », demanda alors à quoi pouvaient bien servir ces fortunes : les hommes ainsi enrichis au-delà de leurs besoins personnels immédiats ne finissaient-ils pas par mourir ? A Léry qui expliquait que les hommes riches, chez nous, transmettent leur fortune à leurs enfants ou à leurs proches pour leur permettre de se lancer à leur tour dans de nouvelles entreprises, le Topinambou finit par opposer cet argument péremptoire : vois-tu, nous aimons nos enfants autant que vous ; mais nous croyons que la terre, qui nous a nourris, les nourrira fort bien eux aussi et nous n'aspirons pour eux à rien de plus qu'à ce qu'elle nous a donné à nous-même.
Parfois, l'espèce humaine, dans sa quête effrénée et insensée vers le progrès, me fait penser à cette jolie chanson de Françis Cabrel : les murs de poussière. Adam Smith nous pose la question : la nuit est-elle plus belle sur la paille de l'étable ou dans les draps de soie du château ? Le plus riche des deux n'est-il pas celui qui, au travers de sa toiture délabrée, aperçoit les étoiles ?


Pour revenir au Topinambou, ce qui le différencie de l'occidental est son rapport à la nature. La nature donne à l'indien des richesses dont il se contente, l'européen prend à la nature ce dont il estime avoir besoin. L'européen se révolte contre la nature, la malmène, la presse pour en tirer encore et toujours plus de substances. Il façonne la terre à son image tandis que l'indien se contente d'y trouver sa place. Le premier se place au-dessus de la nature, et la travaille, le second en fait partie, et se laisse mener par elle.

Comment ne pas faire le parallèle avec le socialisme, pris au sens large comme la révolte contre l'ordre social et la volonté d'en construire un plus juste, plus efficace. Le socialiste ne se contente pas de la société qui l'a fait naître. Elle l'insupporte ; il ne la respecte pas. A l'instar de l'homme qui travaille, laboure, creuse et nivelle sa terre pour la faire lui convenir, le socialiste est le jardinier de la société. Tout comme les exploiteurs de la planète, il ne comprend pas que les constructions sociales sont le résultat de siècles d'essais, d'erreurs, d'évolution. Que ces équilibres sont fragiles.

La sagesse, c'est de trouver sa place dans la nature et parmi ses semblables avec humilité, sans essayer de forcer le passage. Les Asiatiques nous en apprennent pas mal sur le sujet :
« La bonté suprême est comme l'eau qui favorise tout et ne rivalise avec rien. En occupant la position dédaignée de tout humain, elle est tout proche du Tao ».

mardi 13 octobre 2009

Sarkozy, fidèle à la conception gaullienne du pouvoir présidentiel ?

La façon dont Nicolas Sarkozy fait de l'hyper-présidence n'est pas sans rappeler la conférence de presse (en réalité, un discours) qu'a tenu Charles de Gaulle 31 janvier 1964 :
Mais, s'il doit être évidemment entendu que l'autorité indivisible de l'État est confiée tout entière au Président par le peuple qui l'a élu, qu'il n'en existe aucune autre, ni ministérielle, ni civile, ni militaire, ni judiciaire qui ne soit conférée et maintenue par lui, enfin qu'il lui appartient d'ajuster le domaine suprême qui lui est propre avec ceux dont il attribue la gestion à d'autres, tout commande, dans les temps ordinaires, de maintenir la distinction entre la fonction et le champ d'action du chef de l'État et ceux du Premier ministre.
Je laisse cela à votre réflexion, et continue d'y penser de mon côté.