Je viens de découvrir
la vidéo de l'intervention de
Sabine Herold, présidente d'Alternative Libérale, lors de l'émission Mots Croisés du 7 octobre.
Elle avait face à elle un troupeau de bœufs ramollis, mais unis par la force de la démagogie et de la pétition de principe. Malheureusement, face aux ténèbres de la bêtise qui lui faisaient face, elle n'a pas su briller comme elle aurait pu le faire. Elle a donné, pour défendre la privatisation de la poste, quelques mauvais arguments.
D'abord,
elle a commis des erreurs lorsqu'elle a tenté de définir le service public. Un service public, ce n'est pas un machin super-chouette que pas mal de gens estiment super-utile. Le service public est une mission définie comme telle par les autorités élues, et assumée par la puissance publique, ou sous son contrôle.
Google n'est pas un service public, mais une entreprise privée. Free n'est pas un service public, mais une entreprise privée. Ces deux exemples sont inopportuns :
il ont entretenu une confusion en assimilant le service public à des entreprises réalisant des profits gigantesques. Mauvais pour l'image du libéralisme.
Il y a une conception du service public qui mérite d'être défendue ; pas celle-là.
Ensuite, elle s'est contredite. Elle parle d'une réduction de 10% de la quantité de courrier par an, de l'intérêt écologique d'utiliser les mails plutôt que le papier, et nous explique ensuite qu'il faut développer la Poste, qu'il faut y investir des milliards.
Non ! Il faut dire la vérité aux français. Le facteur qui vient poser le courrier 24/7 dans les coins les plus reculés, bravant les tempêtes et les animaux sauvages, c'est fini. En voie de disparition.
La Poste est un « patrimoine français » ? D'accord. Les manufactures royales l'étaient aussi. Ainsi que la Seita. On s'est rendu compte un jour qu'il y avait mieux que le charbon : il en est de même aujourd'hui pour le service postal. Celui-ci se réduira plus vite qu'on ne le croit à une activité insignifiante.
Pour peu que l'on laisse l'innovation en liberté.

La critique est aisée, l'art est difficile.
Je suis dur avec la jolie Sabine Herold, mais je dois bien avouer que c'est un plaisir de la voir planer au dessus de la mêlée en termes d'intelligence, de spontanéité et surtout, d'honnêteté intellectuelle. Elle a toutefois un gros défaut, selon moi, qui est son manque de virilité. Rien à voir avec une paire de burnes : je parle d'aller au contact, de leur rentrer dans le lard, de frapper là où ça fait mal. Eux n'hésitent pas à le faire.
Arrête de subir Sabine, de les regarder d'en-bas, avec tes grands yeux, tes bonnes intentions, tes airs de happy few en pleine crise d'adolescence. Le libéralisme n'est pas un courant de saltimbanques. La démocratie, c'est de la boxe. Il faut se montrer violent pour crever les abcès de notre scène politique pourrie.
Bon, gardons notre calme.
Je me suis emporté. Donc, insister sur les finances catastrophiques de l'État, dont ses interlocuteurs sont responsables, c'est une bonne chose. Parler des énormes richesses produites par la libéralisation des télécoms, qui découle du même principe que pour la Poste, c'est bien. Mais il fallait peut être aller plus loin.
Dire aux français que quand les caisses sont vides, il faut faire des choix. Qu'on ne peut pas avoir le beurre, l'argent du beurre et se taper Carla Bruni par-dessus le marché.
C'est nous qui décidons, c'est notre argent, et on n'en a pas beaucoup. Alors réfléchissons bien : que voulons nous acheter ?
Des bureaux de poste ou des hôpitaux ?
Des camionnettes jaunes ou des collèges ?
Des facteurs ou des juges ?
Voulons nous investir dans le passé où dans l'avenir ?
Si j'étais Sabine Herold, si j'avais l'occasion de défendre la privatisation de la poste à la télévision,
j'aurais proposé aux français, qui sont attachés aux service publics, de choisir les bons. Avec les 2,7 milliards d'euros qu'on veut investir dans la Poste, on peut aussi rénover le système hospitalier, ouvrir de nouvelles classes, faire fonctionner correctement la justice, la police. Et commencer à rembourser la dette, dont les intérêts nous ont coûté cette année 42,9 milliards d'euros.
Qu'aurait bien pu lui répondre la horde des politicards gélatineux qui lui faisait face ?