mardi 16 juin 2009

La Poste delenda est

Mis à terre par l'Union Européenne, les services publics "à la française" et leur cohorte de fanatiques bougent encore. Le coup fatal pour écraser l'infâme devrait être asséné en 2011 : il s'agit de l'ouverture à la concurrence des services postaux.

Casse du service public, dérégulation sauvage, tyrannie du néolibéralisme, intérêt général vendu à la découpe... aucun mot n'est assez dur pour exprimer la mutilation que la Nation française s'apprête à subir, poussée par les fanatiques bruxellois du marché.

Mais de quoi s'agit-il exactement ? Quel est ce drame qui ébranle le pays et met en danger la cohésion républicaine, assurée jusque dans les campagnes les plus reculées par nos Postmen ? Accrochez vous bien à votre siège, faites sortir les enfants, prenez une grande bouffée d'oxygène et préparez vous à affronter l'intolérable, l'indicible, le crime de lèse-fonctionnaire.

C'est bon ? Allons-y : en 2011, tout français aura droit de récolter, trier, et transporter, moyennant paiement d'un prix, une enveloppe en papier contenant du papier. Pas besoin pour ça de s'engager dans l'armée des voitures jaunes – d'autres coloris seront à disposition. Vous imaginez : un facteur dans une voiture bleue, ou verte... futuriste, n'est-ce pas ?

mercredi 10 juin 2009

Hadopi censurée par le Conseil Constitutionnel

Extraits de la décision, les "considérant" importants. Voir aussi les considérants 12, 13, 14 et 17 sur le site du Conseil.

Sur le partage de compétences entre les autorités judiciaire et administrative en matière répressive :
16. Considérant que les pouvoirs de sanction institués par les dispositions critiquées habilitent la commission de protection des droits, qui n'est pas une juridiction, à restreindre ou à empêcher l'accès à internet de titulaires d'abonnement ainsi que des personnes qu'ils en font bénéficier ; que la compétence reconnue à cette autorité administrative n'est pas limitée à une catégorie particulière de personnes mais s'étend à la totalité de la population ; que ses pouvoirs peuvent conduire à restreindre l'exercice, par toute personne, de son droit de s'exprimer et de communiquer librement, notamment depuis son domicile ; que, dans ces conditions, eu égard à la nature de la liberté garantie par l'article 11 de la Déclaration de 1789, le législateur ne pouvait, quelles que soient les garanties encadrant le prononcé des sanctions, confier de tels pouvoirs à une autorité administrative dans le but de protéger les droits des titulaires du droit d'auteur et de droits voisins ;

Sur la présomption d'innocence :
18. Considérant, en l'espèce, qu'il résulte des dispositions déférées que la réalisation d'un acte de contrefaçon à partir de l'adresse internet de l'abonné constitue, selon les termes du deuxième alinéa de l'article L. 331-21, " la matérialité des manquements à l'obligation définie à l'article L. 336-3 " ; que seul le titulaire du contrat d'abonnement d'accès à internet peut faire l'objet des sanctions instituées par le dispositif déféré ; que, pour s'exonérer de ces sanctions, il lui incombe, en vertu de l'article L. 331-38, de produire les éléments de nature à établir que l'atteinte portée au droit d'auteur ou aux droits voisins procède de la fraude d'un tiers ; qu'ainsi, en opérant un renversement de la charge de la preuve, l'article L. 331-38 institue, en méconnaissance des exigences résultant de l'article 9 de la Déclaration de 1789, une présomption de culpabilité à l'encontre du titulaire de l'accès à internet, pouvant conduire à prononcer contre lui des sanctions privatives ou restrictives de droit ;



Youpi !

dimanche 7 juin 2009

Dimanche de vote

Quel papier choisir pour entrer dans l'isoloir ? Lequel plier en quatre et insérer dans l'enveloppe ? C'est la question que je me suis posé cet après-midi une fois arrivé au bureau de vote. Je pensais voter Modem, mais la dernière sortie de François Bayrou m'en a dissuadé. J'ai donc voté pour Francis Lalanne, pour faire plaisir à ma mère dont c'est la fête aujourd'hui.

L'UMP a largement gagné cette élection, quoi qu'en disent certains esprits chagrins.
Normal : c'est le seul parti crédible dans ce pays. L'UMP a les circuits bien briqués. Les luttes de pouvoir se règlent plutôt discrètement, et les cadres du mouvements sourient ensemble et soudés sur la photo de famille. Point de querelle idéologique, car à l'UMP, on ne pense pas, on agit. Think small, act big, c'est ce que fait la droite au pouvoir, et c'est pour cela qu'elle est au pouvoir. Malgré les critiques fortes qui pourront être faites à l'encontre de la politique du gouvernement actuel, il faut finalement se réjouir que Sarkozy et sa machine à gagner les élections soient au pouvoir. Le PS au pouvoir, ça vous fait pas peur ? Moi, si.

Et justement, le PS s'est vautré aujourd'hui et va devoir ressortir des cartons mitterandiens l'oeuvre de Machiavel : la politique c'est l'art de prendre le pouvoir, et de le conserver. Comment prendre le pouvoir pour nos amis socialistes ? Il faudra rassembler en 2012 tous les opposants à la politique de Nicolas Sarkozy en draguant à la fois les excités à sa gauche et les lili-bobos à sa droite.

La fusion idéologique étant impossible, la solution se trouve dans un virage au centre-gauche, qui pourrait passer par une alliance avec le Modem. Le calcul est enfantin : se déplacer vers le centre permet d'y grapiller des voix pouvant être draguées par la droite, au contraire de celles d'extrême gauche qui, au second tour, seront de toute façon acquise. Et de toute façon, le parti socialiste, une fois au pouvoir, ne mène pas une politique très à gauche, malgré les programmes fumeux qu'il développe. Le gouvernement de 1981 a assez rapidement arrêté de jouer les bolcheviks. Celui de 1997 entreprenait, sous les yeux de ses ministres communistes, des privatisations.

Je vais arrêter de parler d'aggiornamento, on va croire que ça m'obsède. Non, je suis juste triste de l'état de la politique française. Sans programme crédible, le PS n'est pas un opposant. Sans opposant, la droite à le champ libre. Pour le meilleur et pour le pire. Surtout le pire. « Il falloir combien de 21 avril au PS pour qu'il se réveille ? », dit Rubin Sfadj sur twitter. Je plussoie.

À part ça, je suis toujours navré de la place que prennent les partis extrêmes dans les résultats électoraux. Des partis qui à l'opposé de l'UMP, pensent beaucoup, et mal, mais n'agissent pas. Ils n'ont aucune envie de construire quoi que ce soit. Alors, à quoi bon leur donner des voix ?

Si un jour tu pointes ton nez vers l'extrême
N'oublie pas que les hommes sont fous
D'elle comme d'une cigarette
La république, ça se roule sans filtre, c'est tout
Elle se consume sans en avoir l'air
Ne crie pas sa douleur chez nous
Tu sais, la république a ses valeurs
On ne peut les apprendre d'un coup
Alors si tu pointes ton nez vers l'extrême
S'il te plait, rejoue


(Luke, Dimanche de vote)

jeudi 4 juin 2009

La mort du Modem ?

François Bayrou a pété un câble. Pour de bon cette fois... je pense qu'il est irrécupérable.
Son égo et son ambition présidentielle l'ont tué. On le pensait capable d'humilité et de détachement, on attendait un homme d'État, on se rend petit à petit compte qu'il est prêt à se mettre à genoux pour voir de plus près le trône élyséen. Il ne sera pas président.
Dommage pour les idées qu'il défend, pour le Modem, pour tous ses sympathisants. Le mouvement démocrate est-il pour autant mort en France ?
Si c'est le cas, il laissera une place vacante, et plutôt déterminante pour les élections de 2012. Une occasion rêvée pour le PS de s'ancrer dans la social-démocratie, et de couper les ponts avec ses extrémistes.

mardi 2 juin 2009

La valeur d'une vie

Un avion s'écrase, 228 morts : une semaine de gros titres.
Le paludisme, 5,000 morts par jour (estimation basse), pour la plupart des enfants : un gros titre tous les ans (estimation haute).

Je comprend que les français aiment bien être informés lorsqu'un de leurs compatriotes meurt à l'autre bout du monde, car le français s'identifie au français, il ressent de l'empathie. Un tel accident d'avion endeuille la France toute entière et le gouvernement se sent obligé de prendre des airs sérieux et chagrinés. Je suppose que c'est pareil ailleurs.
Je comprend également la lassitude qui les gagne devant les malheurs de l'Afrique, qui ont le défaut de ne pas se renouveler, de ne pas innover, et se condamnent à l'oubli médiatique.
Et puis, un africain de quatre ans qui crève sur une paillasse pourrie, c'est normal, c'est dans les mœurs de là-bas. Un avion qui s'écrase, par contre, c'est particulièrement de mauvais goût. Au prix où sont les billets !

5,000 morts par jour. Vous imaginez : 20 airbus remplis de petits CE2 français qui s'abîmeraient quotidiennement dans l'océan. Dix-mille parents en pleurs squattant le terminal, mais devant dégager à minuit pour faire place à une nouvelle myriade de parents en pleurs.
Ça aurait une autre gueule que notre petit accident d'airbus tous les 5 ans...

Continuons donc de nous questionner sur la sécurité en avion. C'est important.

dimanche 24 mai 2009

La Californie s'apprête à légaliser le Cannabis

Voyez dans Le Monde. Extraits :

M. Gallegos, district attorney du comté de Humboldt :
« Le maintien de ces lois inapplicables sape l'autorité de l'Etat. La justice devient une farce, la population perd tout respect envers les institutions ».
La légalisation aurait selon lui un autre avantage : « Le prix du cannabis s'effondrerait, les trafiquants se retrouveraient au chômage. En fait, les deux seuls groupes vraiment opposés à la légalisation sont les forces de l'ordre, pour des raisons culturelles, et les dealers, pour des raisons économiques ».

Tom Ammiano, représentant démocrate de San Francisco à l'Assemblée législative :
« Si cette production était réglementée et taxée, comme l'alcool, cela ferait rentrer un milliard et demi de dollars par an dans les caisses de l'Etat. En ces temps de crise et de déficit budgétaire, ce ne serait pas négligeable ».

Michael Hennessey, shérif de San Francisco :
« Réprimer la consommation de marijuana, c'est comme faire un château de sable pour arrêter la marée montante. La marijuana fait partie intégrante de la culture populaire californienne ».



En France, la classe politique ainsi qu'une grande partie de la population ne sont visiblement pas assez intelligents courageux pour faire ce genre de constatations, pourtant évidentes.

dimanche 17 mai 2009

Psychanalyse du clivage

Une bonne phrase trouvée chez h16 : « on notera que la gauche prône plus d'état mama, et la droite plus d'état papa ». Que c'est bien dit ! Que c'est juste !

À gauche, on veut une maman qui nourrisse, protège, qui donne le sein quoi. Lorsqu'on se sent abandonné par la vie, maman est là, elle veille sur nous. Et puis, elle est gentille maman, elle ne donne pas de fessée. Si on fait des bêtises, on est grondé, mais pas trop fort.

À droite, on a besoin d'un papa, qui lui, inflige des fessées. À droite, on respecte l'autorité de papa, et on veut que les petits voyous, pas sages, soient châtiés par lui comme il se doit. Et ceux qui sont pas bons à l'école, tous les loosers, ils ont qu'à se débrouiller. Papa doit nous apprendre à nous débrouiller tous seuls.

Mais ce n'est pas tout, car les gens de gauche ont aussi un papa, et les gens de droite une maman. C'est ici que la relation est davantage œdipienne.

À gauche, on a des problèmes avec papa. On a rejeté son autorité, on l'a tué... en apparence. En réalité, l'image de papa est toujours là, et l'État fait l'objet d'un transfert, devient le papa contre qui on se rebelle. Alors on manifeste, pour montrer à papa qu'on peut lui tenir tête. Parfois, on le titille, on lance quelques pavés pour se dire qu'on en a une paire entre les jambes.

À droite, c'est avec mama qu'on a des soucis freudiens. La mama si douce et tendre, mais qu'on ne peut avoir pour soi parce que c'est la femme de papa, et qu'on respecte papa. Alors on idéalise maman, on la personnifie [1]. Elle devient cette nation chérie, aimée de tout son corps, pour qui on mourra sans rien attendre en retour.

Comme dimanche est la journée des citations, je ne peux m'empêcher de vous renvoyer à Bastiat :
Au fait, l'État n'est pas manchot et ne peut l'être. Il a deux mains, l'une pour recevoir et l'autre pour donner, autrement dit, la main rude et la main douce. L'activité de la seconde est nécessairement subordonnée à l'activité de la première.


[1] Voir De Gaulle dans ses mémoires : « Ce qu'il y a en moi d'affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs ».